Entretien avec Pierrick DE RONNE, Président de Biocoop

En pleine situation de crise COVID-19, j’ai souhaité étudier quel est le périmètre des impacts de la crise sur la distribution alimentaire en France, quelles sont les solutions mises en œuvre par les acteurs de la distribution et leurs fournisseurs, et la façon dont ces acteurs envisagent l’avenir. Après avoir questionné le modèle de la grande distribution, je me suis interrogé sur la distribution spécialisée bio. Pierrick DE RONNE, Président de Biocoop, a accepté un entretien sur la question. Je vous partage son témoignage.

Quelle est le périmètre des impacts causés par le COVID-19 sur votre activité ?

« Les impacts sur notre activité sont comparables à ceux des autres acteurs de la grande distribution. En trois éléments caractéristiques :

  • Notre croissance en temps de crise d’élève à +30% alors que nous étions sur un rythme de croissance général de +15% en amont de crise. Cette croissance est d’autant plus poussée sur nos formats de proximité (croissance atteignant alors les 30 à 40%)
  • Nous constatons une évolution des comportements d’achats de nos consommateurs qui se tournent vers des formats plus essentiels (au détriment des produits plaisirs) et qui achètent principalement des produits d’épicerie sèche ou d’hygiène. Dans cette période, nous constatons un ralentissement sur l’offre en vrac (sans doute dû à des raisons d’inquiétudes des consommateurs pour ce format non emballé)
  • Nos canaux d’achats, enfin, sont différents : nous avons plus d’achat en click and collect, parfois des initiatives de livraisons à domicile par certains de nos indépendants, etc. Notre site de vente en ligne développé à la fin de 2019 fonctionnait avec 20 magasins. Aujourd’hui nous l’avons ouvert à 90 magasins. Le but c’est que dans les prochains mois nous soyons opérationnels sur 200 magasins.

Quoiqu’il en soit, notre priorité est la santé. Nous devons faire preuve de responsabilité. Nous veillons avant tout à la santé de nos clients, de nos salariés, de nos fournisseurs, et de tous nos partenaires. »

Quelles solutions avez-vous mis en œuvre dans cette situation pour poursuivre les approvisionnements de vos magasins ?

« Premièrement, je dirais que notre force est avant tout d’être depuis le début une coopérative. Nous sommes fort de 20 groupements, composés de 3 200 fermes. Cette organisation collective nous permet de dialoguer, et d’échanger avec les producteurs, sur leurs besoins, les prix, les moyens de production, etc. Nous avons aussi été fort de notre approvisionnement français : toute l’année 80% de nos approvisionnements sont d’origine France. A ce titre là par exemple, nous avons développé le commerce équitable Nord-Nord il y a plusieurs années.

Je peux citer 3 exemples de bonnes pratiques mises en œuvre dans le cadre de cette crise :

  • Des aides aux fournisseurs en difficulté par des avances de trésorerie en réglant en avance des factures,
  • L’achat en commun de masques de protection sanitaire pour nos collaborateurs et pour certains fournisseurs qui le désiraient,
  • Organisation de nos groupements de producteurs, sur par exemple l’orientation des vaches laitières bio (en surproduction avec la crise) vers des filières de viande bio (en situation pénurique)

De nombreuses autres solutions ont été mises en œuvre au sein de notre réseau, et il y a également des points sur lesquels nous continuons de progresser, néanmoins nous essayons de faire preuve de solidarité pour assurer au mieux l’activité. »

Pour vous, quelles sont les évolutions qui vont durablement changer dans les prochaines années ?

« Du point de vu de la distribution a proprement parlé, d’abord, je pense que le numérique va prendre une place importante dans la consommation pour les prochains mois. Par ailleurs, il y a des sujets sur lesquels il faut être vigilant : les consommateurs auront peut-être un regain d’intérêt pour les produits emballés en plastique au détriment du vrac. Je me questionne aussi sur le niveau de pouvoir d’achat des français demain : après des mois d’une dure crise et de chômage, cela va peut-être modifier les comportements d’achats. Il faut en tous cas s’attendre à de nombreuses évolutions durables, tel qu’un engouement pour le e-commerce par exemple.

Par ailleurs, la situation nous conforte dans notre modèle coopératif. Même s’il n’est pas parfait, il nous permet aussi de réussir à nous en sortir et à être plus résilient dans la crise. Il est donc nécessaire maintenant d’amplifier notre modèle coopératif pour être encore plus fort et continuer à nous améliorer. Des crises, il risque d’y en avoir d’autres. En cette période de crise on se rend compte que la solidarité est une réponse essentielle. Nous devons être prêt demain, en proposant même un nouveau modèle de société prenant davantage en compte les questions sociales et environnementales. »

A propos de Biocoop

Leader de la distribution alimentaire spécialisée en France depuis 1986, Biocoop repose sur un réseau d’indépendants engagés. En 2019, ce modèle coopératif a réalisé un chiffre d’affaires de 1,2 Md€, en progression de +11,1%. Il regroupe 560 magasins et 3 600 fermes partenaires. Biocoop comprend également 3 filiales : S.T.B. (Société de Transports Biocoop) ; Biocoop Restauration et DEFIBIO.

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